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Recours aux droits sociaux et expérience(s) du territoire

Arnaud BEAL - Doctorant au GRePS, Université Lyon, Psychologue social à l’Orspere-Samdarra

Année de publication : 2015

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Psychologie

Rhizome n°57 – Des territoires fragmentés: enjeux psychiques et politiques (Juin 2015)

L’expérience de l’insécurité sociale nécessite un savoir(-faire) pour affronter le quotidien marqué par le manque matériel et par le recours aux droits sociaux. Mais les connaissances des droits sociaux et des lieux où s’effectuent leur accès dans des territoires ne va pas de soi, constituant a priori un « autre monde », non familier à la vie quotidienne, mais pouvant le devenir. En effet, si la non-connaissance est un facteur central du non-recours aux droits sociaux[1], l’enquête que nous avons menée dans des lieux d’accès aux droits de l’agglomération lyonnaise[2] montre qu’une partie des sujets s’érige en véritables experts profanes de ce monde. Cette connaissance s’inscrit dans l’histoire des sujets et leur socialisation à travers les pratiques de droits sociaux et l’aide institutionnelle et associative. L’accès aux droits sociaux apparait alors comme allant de soi, faisant partie de « la vie de tous les jours ». Comme pour J.-P. qui ne se sent « pas ignare » concernant l’accès à « tout le bazar » des droits sociaux ; ou pour Nasser socialisé dans l’assistance publique des mineurs dès l’âge de 11 ans, sa connaissance des « rouages du système », de sa « mécanique », lui permettant de dire : « j’ai été assisté, quoi, pendant plusieurs années. Mais je me suis jamais senti comme un assisté ». La familiarité avec le système d’accès aux droits permet alors de se défaire relativement du stigmate que constitue le recours aux droits sociaux[3] en se considérant comme autonome face à des droits qui imposent des normes contradictoires, entre autonomie et contrôle[4].

Cette familiarité avec l’accès aux droits sociaux est aussi une connaissance des territoires où se matérialise l’accès aux droits sociaux. Ainsi, c’est à travers l’expérience que les sujets ont d’un ou plusieurs territoires qu’ils développent leur expertise. La sédentarisation sur un territoire est un facteur facilitant le développement de ses connaissances et les possibilités de recourir aux droits sociaux. Cela permettant notamment de ne pas « courir à droite et à gauche », de concentrer ses dé-marches, afin de les rendre moins complexes, plus rapides. A contrario, le nomadisme semble fragiliser les connaissances que les sujets peuvent construire des dispositifs disponibles dans une ville, un quartier… C’est le cas quand les sujets arrivent sur un territoire nouveau, ne connaissant pas a priori l’organisation spatiale de l’accès au droit. Néanmoins, certaines formes de nomadisme, quand les sujets disent avoir vécu ou vivre encore entre plusieurs territoires, rendent possible une connaissance élargie de l’offre d’accès au droit sur un territoire régional, voire national, élargissant le champ des possibles. (…)

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