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L’interprétariat en santé mentale à Montréal

Camille BRISSET - Maître de conférences en psychologie du développement et de l’éducation, Laboratoire de Psychologie, Santé et Qualité de Vie EA 4139, Université de Bordeaux
Yvan LEANZA - Professeur titulaire en psychologie, École de psychologie, Université Laval, Québec, Canada

Année de publication : 2015

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Psychologie, PUBLIC MIGRANT

Cahiers de Rhizome n°55 – L’interprétariat en santé mentale (Février 2015)

L’importance de l’interprétariat dans le domaine de la santé mentale en situation de barrières linguistique et culturelle n’est plus à démontrer. Le dialogue est la base à partir de laquelle l’évaluation et le traitement sont élaborés, et la langue est le principal moyen par lequel les usagers transmettent leurs souffrances et par lequel les intervenants partagent leur compréhension de la situation de ces derniers. La présence d’un interprète est dès lors cruciale en contexte plurilingue. Toutefois, travailler avec un interprète ne s’improvise pas et nécessite de savoir à qui on a à faire et ce que l’on en attend, mais implique également des enjeux relationnels que cette tierce personne peut susciter. Les conséquences éthiques sont grandes et les dilemmes qui peuvent en résulter soulignent une nécessité d’encadrement.

Les interprètes dans le système de soins…

Il existe différentes types d’interprètes, de l’inconnu dans la salle d’attente à une personne ayant suivi un cursus universitaire complet ; et chacun peut endosser une multitude de rôles, de la machine à traduire au co-diagnosticien (e.g., Hsieh, 2007). Leanza a proposé en 2005 une typologie des postures de l’interprète dans le système de soins, reprenant ainsi la grande variété des rôles observés. Dans la position d’agent linguistique, l’interprète est limité au transfert du discours d’une langue à une autre. À titre d’agent du système, il transmet également à l’usager le discours biomédical dominant avec ses normes et ses valeurs. Les différences culturelles sont ici minimisées ou ignorées, et la culture dominante est favorisée. Dans la position d’agent du monde vécu, les interprètes jouent le rôle d’informateur culturel, de médiateur, ou d’avocat. Les différences culturelles sont reconnues, et les valeurs et les normes du migrant sont acheminées vers l’intervenant. Enfin, la position d’agent d’intégration a lieu en dehors du contexte de la consultation. Il s’agit d’aider les usagers à trouver des ressources, à donner du sens aux différences culturelles et à s’intégrer au nouveau milieu culturel (en l’accompagnant à la pharmacie ou en lui indiquant son chemin en transport publique pour se rendre aux rendez-vous, par exemple). Contrairement à la représentation qui voudrait que l’interprète soit un simple conduit, il ne peut être cloîtré dans un seul et unique rôle. Il est d’ailleurs nécessaire qu’il puisse en endosser plusieurs (Brisset, Leanza & Laforest, 2013a). Par exemple, l’usager ne serait tout simplement pas soigné si l’interaction ne se déroulait que dans le registre du monde vécu. Les rôles que la recherche met principalement en évidence sur le terrain sont ceux des postures d’agent linguistique et d’agent du système (e.g., Leanza, 2005; Davidson, 2000, 2001). (…)

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