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Entretien avec Anne Lovell

Anne LOVELL - Anthropologue, Directrice de recherche Émérite à l’Inserm au Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale et société (Cermes3)

Année de publication : 2015

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Anthropologie

Rhizome n°57 – Des territoires fragmentés: enjeux psychiques et politiques (Juin 2015)

L’ouvrage Face aux désastres. Une conversation à quatre voix sur la folie, le care et les grandes détresses collectives paru en 2013 aux éditions Ithaque, étudie la notion de care 1 comme phénomène d’« aller vers la folie » qui apparaît à travers les travaux empiriques de quatre auteurs. À partir de la situation de la Nouvelle Orléans et de la catastrophe de Katrina en 2005 2, Anne Lovell décrit l’expérimentation naturelle qui se produit sur le devenir des personnes ayant un handicap psychiatrique ou d’une autre nature préexistant à un évènement traumatique collectif. La mise en exergue de cette question marque ainsi la première étude existante sur ce groupe populationnel qui est de plus marqué par une situation de grande pauvreté et de difficultés d’accès aux institutions et aux soins de santé. La recherche s’appuie sur un grand nombre de récits de personnes « vulnérables psychiquement » qui complexifient les pratiques de care en situations extraordinaires.

Rhizome : Votre ouvrage traite de la recherche que vous avez réalisée à la Nouvelle Orléans après l’ouragan Katrina. Comment définiriez-vous cette ville ?

Anne Lovell : Avant la catastrophe, la Nouvelle-Orléans pouvait être qualifiée de ville fragmentée en terme de justice environnementale. D’un point de vue géographique, l’urbanisation de la Nouvelle Orléans présente des configurations particulières. Les parties les plus hautes de la ville sont en grande partie habitées par les populations les plus aisées. À l’opposé, les parties les plus basses étaient des zones de la ville qui présentaient des caractéristiques de vulnérabilités de différents ordres : environnementales, sociales, ethniques, économiques. Historiquement, la Nouvelle-Orléans est une ville qui a été fondée en grande partie par l’esclavage. Les parties les plus basses, marécageuses, ont été originellement investies par les free people of colour, les esclaves libérés, qui s’y sont sédentarisés. Après l’Émancipation, ce sont les populations afro-américaines d’ex-esclaves et les plus précaires qui s’y sont installés. Les conditions de vie dans ces quartiers étaient mauvaises et ces zones urbaines concentraient un certain nombre de maladies liées aux environnements semitropicaux comme le paludisme ou la fièvre jaune (jusqu’en 1903). Au début du XXIe siècle, les habitants de ces zones exprimaient des besoins multiples à cause de la prévalence de maladies chroniques de la pauvreté (diabète avancé, maladies cardiovasculaires, obésité, SIDA) et de différents types de handicaps, y compris en santé mentale. (…)

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