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Réflexions inquiètes sur la situation psychiatrique tunisienne

Saïda DOUKI DEDIEU - Professeur émérite en psychiatrie à la Faculté de Médecine de Tunis, Ancien Professeur associé à l’UCBL
Hajer KARRAY - Docteur, Psychanalyste, Tunis

Année de publication : 2014

Type de ressources : Rhizome - Thématique : Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES

Rhizome n°54 – A la frontière du psychisme, la spiritualité ? (Novembre 2014)

Psychiatrie et religion, une histoire conflictuelle

Psychiatrie et religion ont toujours entretenu des relations étroites autant que conflictuelles, se disputant notamment les frontières de la vie psychique, le terrain des valeurs collectives, et, surtout, l’enjeu de la vérité.

De fait, la religion s’est longtemps substituée à la médecine dans le domaine de la souffrance psychique. Elle en sera exclue par la médecine arabo-musulmane triomphante entre les VII° et XII° siècles, qui proposera longtemps avant l’heure l’intégration de la psychiatrie dans la médecine et le modèle bio-psycho-social aujourd’hui communément admis dans le monde entier. La place du fou au bîmâristân[1] est un des aspects les plus remarquables de la médecine dans la société médiévale islamique ; c’est, en effet, un fait nouveau dans l’histoire des hommes, de construire un espace dans lequel les corps malades mais aussi les esprits en difficulté sont accueillis.

Malheureusement, avec la chute de l’empire islamique, devait s’amorcer à partir du XV° siècle, le déclin de la médecine et la reconquête du fait psychiatrique par le surnaturel et l’irrationnel. L’assistance aux aliénés sera désormais dévolue aux marabouts et autres derviches ou santons. Parallèlement, les bîmâristâns tomberont peu à peu en décrépitude. L’usage actuel réserve d’ailleurs le mot bîmâristân à l’asile psychiatrique. Il faudra attendre la révolution française pour que renaisse la psychiatrie comme discipline médicale vouée au traitement des pathologies mentales arrachées à leurs causes surnaturelles. Progressivement la religion est évacuée de la médecine et même exclue de l’espace public tout entier, comme le consacrera la loi de 1905 en France. (…)

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