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Psychiatrie de secteur et santé publique : une relation ambivalente

Nicolas HENCKES - chargé de recherche CNRS, Centre de Recherche Médecine, Sciences, Santé, Santé mentale et Société

Année de publication : 2014

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES

Rhizome n°52 – Santé mentale et santé publique : distance et proximité de disciplines connexes (Juin 2014)

La psychiatrie de secteur a entretenu, depuis ses origines dans le mouvement réformateur du lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une relation complexe et ambivalente à la santé publique, entendue à la fois comme discipline médicale et institution politique. Les figures de ce mouvement se distinguaient certes par une vision politique de leur discipline : la psychiatrie, pour eux, avait nécessairement une mission de service publique à accomplir. À contre-courant du reste de la médecine, ils se faisaient les champions d’une pratique organisée, fondée sur la coordination de l’ensemble des intervenants locaux, laquelle devait être assurée par une administration centralisée et animée par des hospitaliers à plein temps. Ces derniers, enfin, devaient également à leurs yeux remplir une fonction de consultants auprès des pouvoirs publics. Mais les psychiatres réformateurs défendaient dans le même temps un exercice de la psychiatrie fondé sur la clinique voire, pour utiliser un terme qui s’imposa à partir des années 1960, sur la relation interpersonnelle, et ils se méfiaient des tentatives de quantifier des besoins de santé mentale.

En conséquence le psychiatre de secteur apparaissait comme une figure hybride et inclassable. C’est peut-être Philippe Paumelle, fondateur de ce qui allait devenir rapidement la vitrine de la psychiatrie de secteur, l’Association de Santé Mentale et de Lutte contre l’Alcoolisme dans le Treizième arrondissement de Paris, qui en fit le portrait le plus vivant dans une présentation de son projet au Congrès de psychiatrie de 1959. Paumelle caractérisait le psychiatre de secteur avant tout comme un praticien en mouvement, inséré dans les populations, animateur d’une équipe technique et administrateur d’équipements dont il avait initié la création. « Ni en dessus comme le planificateur, ni en dehors, comme le médecin des hôpitaux, ni immobile comme le spécialiste de clientèle, il se trouve en recherche permanente de communication avec la population comme son malade sur le même plan que celui-ci »[1]. S’il fallait caractériser ce projet en deux mots, c’était en somme une psychiatrie dans la communauté bien davantage que de la communauté qu’il s’agissait de développer. (…)

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