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L’envers de la spiritualité: le nihilisme existentiel

Philippe LE FERRAND - Psychiatre coordinateur Equipe Mobile Psychiatrie Précarité Centre hospitalier Guillaume Régnier

Année de publication : 2014

Type de ressources : Rhizome - Thématique : Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES

Rhizome n°54 – A la frontière du psychisme, la spiritualité ? (Novembre 2014)

Spiritualité et santé mentale s’articulent en jouant de leurs contours flous, rendant délicate toute tentative de définition. A la frontière du psychisme, des croyances et des valeurs individuelles et collectives, la spiritualité parle du sens de la vie. Elle s’oppose classiquement au matérialisme mais trouve son envers dans le nihilisme existentiel du non-sens de la vie qui lui interroge la santé mentale. On ne peut pas parler de spiritualité sans parler de cet envers qui était appelé « acédie » au moyen âge lorsque le doute et la perte de sens menaçaient les anachorètes. L’acédie était pour l’église ce que le nihilisme existentiel est pour l’individu postmoderne qui perd sa foi dans le contrat social. Dans les deux cas l’expérience porte en elle le sentiment de vanité de toute chose marqué par l’indifférence, le dégoût et l’inertie, un chagrin inconsolable qui ôte aux évènements leur réalité.

Le nihilisme existentiel n’est pas un nihilisme philosophique (le nihilisme de la disparition de la transcendance chez Nietzsche et Sartre), politique (Tourgueniev) ou littéraire (Céline) c’est un nihilisme lié à l’être et à la perte de familiarité du monde et du contact vital avec la réalité lorsque l’individu n’habite plus le monde mais est colonisé par lui. Dans ce désaccordage entre soi et le monde l’individu a le sentiment de perdre le contrôle de son existence et de son autonomie. Il a un vécu de dérive, d’errance, d’absurde et de fatalisme Le monde nihiliste est un désert anomique au sens de Durkheim , c’est-à-dire déserté par l’émerveillement et le sens, par autrui et par l’espoir. Pour Winnicott le nihilisme est la soumission à la réalité extérieure : « Le monde et tous ses éléments sont reconnus mais seulement comme ce à quoi il faut s’ajuster et s’adapter. La soumission entraine chez l’individu un sentiment de futilité associée à l’idée que rien n’a d’importance » (…)

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