Vous êtes ici // Accueil // Publications // Rhizome // Rhizome n°46-47 – Compétence en humanité précaire et passage de relais (Décembre 2012) // Pour une prochaine révolution scientifique en psychiatrie

Pour une prochaine révolution scientifique en psychiatrie

Joshua SPARROW - Pédopsychiatre, professeur associé (Harvard Medical School) Directeur de stratégie, planification et développement des programmes, Brazelton Touchpoints-Center (Boston Children’s Hospital), USA

Année de publication : 2012

Type de ressources : Rhizome - Thématique : Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES

Rhizome n°46-47 – Compétence en humanité précaire et passage de relais (Décembre 2012)

La souffrance humaine s’étend au-delà des moyens actuels de la psychiatrie.

La santé mentale ne se construit d’abord ni dans les cliniques ni dans les cabinets de consultation, mais surtout dans la rue, dans les quartiers, dans la famille, dans les institutions où les vies évoluent tous les jours – les écoles, les lieux de travail, etc. Elle est menacée là aussi par les forces globales qui influencent ce lieu de vie sociale. Les moyens actuels de la psychiatrie ne suffiront pas, tant qu’ils se cloisonneront et se pratiqueront après coup.

Les êtres humains sont des créatures sociales. Leurs capacités relationnelles sont à la base du succès reproductif de l’espèce (E.O.Wilson, 2012). Pourtant, ce sont ces capacités sociales qui ont aussi mené à la concentration du capital, à la monopolisation des ressources et du savoir officiel, à la réorganisation de la productivité humaine et à la fragmentation des processus relationnels thérapeutiques en actes médicaux. Aux Etats-Unis, tout cela s’infiltre dans les écosystèmes humains, modifiant les processus relationnels du développement humain et de la construction de la santé mentale. Par exemple, les médias de masse remplacent l’échange multidirectionnel entre les membres des systèmes humains avec une transmission unilatérale de valeurs, de croyances, et d’objectifs, tous provenant des entités corporatives. La domination de ces valeurs extrinsèques mène à l’autoexclusion (J.Furtos, 2008) de ceux qui n’adhèrent pas à cette culture, ou bien à une inclusion virtuelle et commercialisée. Les qualités sont réduites à des quantités par la monétisation des sens et des différences. Les savoirs humains cumulés à travers les siècles, selon les spécificités de chaque région du globe, sont forcément simplifiés et homogénéisés par l’échelle des multinationales et leur distance des contextes locaux. Sans nostalgie pour le passé, et tout en reconnaissant que certaines de ces technologies ont produit des améliorations incontestables de la condition humaine, il est clair que le but du profit à court terme se trouve souvent en opposition avec la survie et la reproduction de l’espèce. Les forces du marché ne suffisent pas à relier humainement les membres des systèmes humains dans la poursuite de leurs buts primordiaux (M. J. Sandel, 2012).

Les voisinages, conteneurs physiques des unités sociales, ont été remplacés par les « built environments » qui ne sont plus à l’échelle humaine et faussent les interactions. Les centres commerciaux ont remplacé les magasins de quartier où propriétaires et clients créaient une couche de connectivité sociale. (…)

Télécharger l’article en version PDF

Publications similaires

Ethiques dans l’accompagnement de la grande exclusion

précarité - accompagnement - évaluation - éthique - pouvoir d'agir

Jean-Pierre MARTIN - Année de publication : 2012

Les possibilités d’une rencontre

clinique - précarité - professionnalité

Emmanuel EPARVIER - Année de publication : 2012

Le traitement clinique de la précarité. Collectifs d’intervention, parcours de vulnérabilité, pratique de care : l’exemple du Carrefour Santé Mentale Précarité du département de l’Ain.

précarité - accompagnement - care - réseaux - psychosocial