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Maladie bipolaire et précarité du monde, Le point de vue des usagers

Patrick JEANNOT - Président de l’Association France Dépression Centre Ancien Président de l’Association Nationale France Dépression

Année de publication : 2012

Type de ressources : Rhizome

Rhizome n°46-47 – Compétence en humanité précaire et passage de relais (Décembre 2012)

Le message que je voudrais transmettre sur le souci de la santé psychique en rapport avec la précarité du monde moderne est fondé sur le fruit d’une longue et difficile expérience de plus de quinze années en tant que malade bipolaire, avec douze hospitalisations en établissements psychiatriques à la clef, dont une en dépression profonde et onze dans des états graves de psychoses maniaco-dépressives, tout en créant, et ce en période d’invalidité, l’association France Dépression Centre en 2004

La notion de précarité sociale a pris toute sa dimension en tant que phénomène exogène dans l’aggravation de ma pathologie. En effet, dès lors que la maladie rentre par effraction dans notre vie, nous avons à subir une sorte de double peine, la première étant d’endurer de terribles et indescriptibles souffrances psychiques, d’une part, et de prendre de plein fouet les rejets d’une société dite « normale », voire même par des proches, d’autre part, et ce par un manque évident d’informations donc d’incompréhension du grand public. C’est pour l’une de ces raisons que je me suis engagé dans le mouvement associatif et également pour pouvoir défendre les droits des usagers en psychiatrie qui ne sont pas respectés encore à ce jour comme le sont d’autres patients dans le secteur en santé physique ; là aussi on peut parler de précarité dans le parcours des soins et notamment dans certains établissements. Toutefois, cet engagement en tant que bénévole a été pour moi une formidable résilience, en ayant toujours à l’esprit de me comparer à des personnes en plus grandes difficultés que moi. Une bonne santé psychique est basée sur l’alliance de phénomènes à la fois endogènes et exogènes sains, à savoir l’absence de facteurs génétiques dormants que peuvent nous transmettre nos ascendants (anxiété, troubles de l’humeur, schizophrénie pour exemples !), sachant que l’on peut être placé dans une précarité psychique dès la naissance ; puis une vie sans facteurs exogènes déclenchants (perte d’un être cher ou d’un emploi, d’un divorce, de harcèlements et de violences en général, etc.). (…)

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