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Accélération et dépression. Réflexions sur le rapport au temps de notre époque

Hartmut ROSA - Sociologue et philosophe, Professeur à l’Université Friedrich-Schiller à Iéna (Allemagne)

Année de publication : 2012

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Sociologie, Philosophie

Rhizome n°43 – La mondialisation est un déterminant social de la santé mentale (Janvier 2012)

[Texte traduit par Philippe Geissler (janvier 2012)]

Le point de départ des réflexions qui suivent est le fait qu’une convergence étonnante se dessine actuellement entre les diagnostics macrosociologiques concernant le temps et la modernité, et les diagnostics psychopathologiques, convergence dont le noyau commun semble consister en une perturbation de la relation moderne au temps.

Au niveau individuel, cette perturbation se montre, par exemple, sous la forme de la problématique de la « procrastination », récemment classifiée comme maladie, et définie comme le report pathologique de tâches importantes bien au-delà de ce qui peut être rationnellement justifié. Les centres d’orientation pour étudiants dans les universités rapportent ainsi un accroissement significatif, voire dramatique, de cas relevant de cette problématique (Schraw, Wadkins, & Olafson, 2007). Des atteintes plus dramatiques encore du sens temporel apparaissent au cours de dépressions, ou des syndromes de « burn-out ». Les statistiques font apparaître que les diagnostics de procrastination et de dépression sont posés de plus en plus fréquemment ces dernières années, du moins dans les pays occidentaux. Des analyses sociologiques, de leur côté, postulent de façon complémentaire une modification fondamentale des structures temporelles modernes, vers une croissance progressive des vitesses, et un raccourcissement des horizons temporels (Rosa 2005 ; Sennett 1998 ; Borscheid 2004). Ce qui manque, cependant, ce sont des études sur l’éventuelle connexion ou encore la « traduction » de tels changements macro sociaux vers des pathologies cliniques, microsociales. Comment les structures temporelles du social influent sur l’apparition de troubles psychiques, et comment ces structures se reflètent dans les parcours pathologiques ? (…)

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