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Quelques enjeux de la contrainte mise en œuvre en soins ambulatoires

Delphine MOREAU - Sociologue, GSPM-IMM-EHESS

Année de publication : 2011

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Sociologie, Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES

Rhizome n°42 – L’Age post-thérapeutique (Septembre 2011)

« On n’a pas encore inventé la grue qui amène le patient aux soins »[1]

Pouvoir imposer des soins, un traitement et/ou un suivi hors de l’hôpital, l’idée séduit des proches qui craignent les rechutes et leurs conséquences terrifiantes, qui appréhendent de revivre ce qu’ils ont traversé si leur fils, fille, frère, sœur, conjoint-e, ami-e, parent interrompt son suivi, et notamment cesse de prendre ses médicaments. L’idée a convaincu gouvernement et parlementaires, qui ont récemment voté la loi du 5 juillet 2011 « relative aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et aux modalités de leur prise en charge » ; celle-ci ouvre la possibilité de soins sans consentement en ambulatoire à côté des hospitalisations sans consentement (HSC), après une période d’observation de 72h.

Mais pour réaliser cette obligation de soin, quel degré de contrainte est-on prêt à mettre en œuvre ? Les effets de ce changement de définition de ce que l’on peut imposer sont aujourd’hui bien difficiles à prévoir, tant les pratiques sont hétérogènes selon les configurations locales. Il est mal aisé d’anticiper la manière dont les équipes psychiatriques et les différents acteurs impliqués vont se saisir de ce nouveau cadre législatif : cela ne concernera-t-il que les personnes qui pourraient faire l’objet d’hospitalisations sans consentement ou est-ce que cela pourrait s’étendre à d’autres ? Est-ce que cela tendra à augmenter en durée comme en extension la contrainte qui s’exerce sur elles en s’ajoutant à une HSC, est-ce que cela l’allègera en se substituant à une hospitalisation considérée comme traumatisante, parfois par des psychiatres eux-mêmes ? Certains craignent une généralisation de ces mesures, mais il est possible que les équipes en limitent l’usage – soit par refus d’une contrainte jugée trop extensive, soit dans une conscience du coût que cela représenterait, en temps, énergie, effectif et de l’impuissance dans laquelle ils sont de l’exercer effectivement. (…)

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