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Peut-on construire une alliance thérapeutique avec un patient incarcéré ?

Bruno GRAVIER
Didier DELESSERT
Christopher HASLER - Service de Médecine et de Psychiatrie Pénitentiaire, Département de Psychiatrie du CHUV, Cery 1008 Prilly

Année de publication : 2011

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Psychologie, Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES

Rhizome n°42 – L’Age post-thérapeutique (Septembre 2011)

La prison et l’évolution actuelle de la pénalité illustrent de façon paradigmatique les multiples contraintes qui viennent de plus en plus enserrer l’acte de soin. Contrainte spatiale et sensorielle par la restriction de l’espace et des mouvements consécutive à l’incarcération, contrainte réglementaire par le régime strict et stéréotypé qu’elle impose, légale par l’implication de la décision de justice sur l’avenir du patient, contrainte au soin lui-même par les injonctions qui se développent dans un but de prévention de la récidive et de diminution de la dangerosité sociale.

Peut-on développer une alliance thérapeutique dans un milieu de privation de liberté ? La pratique des SMPR[1] depuis 1977 a permis de répondre clairement par l’affirmative à une telle question, mais pour autant que certaines règles fondatrices de l’acte médical en soient respectées : indépendance du soignant, respect du consentement et du secret médical, etc. La pratique soignante en prison ne peut, cependant, faire abstraction des enjeux pénaux, du contexte particulier de la prison et du huis clos qui s’y déroule entre détenus, agents de détention, travailleurs sociaux et soignant. Ce cadre étant reconnu comme tel, la pratique psychiatrique peut s’ouvrir à une prise en charge respectueuse du sujet et de sa capacité à s’engager dans un soin. La question de l’alliance thérapeutique en devient centrale : celle-ci qui peut –être comprise « comme une notion multidimensionnelle, incluant les dimensions de collaboration, de mutualité et de négociation »[2] est vite vulnérable dans un milieu et un contexte où les pressions de tous ordres s’exercent sur le soin. Prise entre l’avocat qui souhaite faire état du changement de son client , le surveillant qui perçoit le psychiatre comme celui qui calme l’agitation et la colère, le juge qui se fait l’écho de la demande sociale de réduction de la dangerosité et le désir légitime du détenu de faire feu de tout bois pour obtenir aménagements de régimes ou libération la plus rapide possible, l’alliance est souvent fragile, malmenée et son authenticité doit être décryptée. La clinique doit impérativement se lire dans ce rapport tendu du détenu avec son environnement qui teinte les expressions pathologiques. (…)

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