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Quand la précaution se fait menace souveraine…

Dominique DEPRINS - Psychanalyste, Professeure de probabilités et statistique aux Facultés Universitaires Saint-Louis à Bruxelles ; membre du Collège pluridisciplinaire d’experts de l’Observatoire du Principe de Précaution

Année de publication : 2010

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Psychologie

Télécharger le PDFRhizome n°39 – Contribution à la notion de paranoia sociale (Juillet 2010)

À Ernst Bloch et l’ouverture des possibles dans son Principe Espérance, quand le réel laisse une place – celle de la contingence – au désir utopique, Hans Jonas répond par son Principe de responsabilité (1979) par lequel il tente de concilier une heuristique de la peur, un exercice actif du doute et une éthique de la responsabilité pour la civilisation technologique. Sa réponse est cinglante : « La nature ne pouvait prendre de plus grand risque qu’en laissant naître l’homme ». L’homme que l’on pouvait croire innocent à jamais, délivré du péché originel depuis que « Dieu est mort », est au contraire la faute qui cause la ruine du monde de la Nature et menace sa propre espèce.

Par le Sommet de Rio (1992), le Traité de Maastricht (1992) et, en France, parla loi Barnier (1995) puis la Charte de l’Environnement (2005), c’est le Principe de Précaution qui fait son entrée dans le droit positif. Il se trouve au cœur des plus vifs débats scientifiques, technologiques et éthiques actuels. F.Ewald (1997) introduit cette logique de précaution comme l’héritière des trois grandes questions – environnementales, sanitaires et industrielles – relatives aux problèmes contemporains de sécurité.

Que l’on ait alors jugé nécessaire de se prémunir de ces agissements humains irresponsables qui pourraient nuire gravement et irréversiblement au bien de tous et de chacun, notamment en matière d’environnement, cela tombe sous le sens. C’est l’idée même du Principe de Précaution ; la précaution a donc semblé nécessaire mais « elle exige[ait] sa propre régulation » (F.Ewald, 1997).

Pourquoi ce principe qui se voulait un principe général d’action s’est-il, le plus souvent, transformé en un principe d’abstention ou d’inhibition, voire de délation ? Pourquoi ce principe a-t-il largement dépassé sa visée première des dommages collectifs prenant allure de catastrophe pour s’appliquer désormais aux dommages individuels ? Pourquoi cette plongée de l’homme de la précaution dans une défiance de principe face à l’inconnu et à la nouveauté plutôt que son attrait ? Pourquoi ce retranchement dans le doute sans fin et la suspicion sur tout et, a fortiori, sur tout ce qui est complexe et incertain ? Pourquoi ce besoin de maîtrise sur tout, y compris sur l’autre ? Pourquoi désormais cette bascule systématique dans l’évitement du pire plutôt que la quête du meilleur (F.Ewald,1997) ? Dans l’affliction d’un avenir sur lequel plane une menace angoissante plutôt qu’un parti pris du futur avec ses anticipations désirantes ? Dans un immobilisme inquiet où il n’est nul repos ? (…)

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