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Nos paroles à l’aune du commerce équitable

Jean-Claude METRAUX - Pédopsychiatre, Lausanne (Suisse)

Année de publication : 2009

Type de ressources : Rhizome - Thématique : Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES

Rhizome n°36 – Le Nouveau Management Public est-il néfaste à la santé mentale? (Octobre 2009)

L’heure est au commerce équitable. Même les supermarchés, les grandes surfaces, vendent café ou bananes arborant fièrement ce label. Gage semble-t-il de respectabilité, d’éthique, d’un souci pour la survie économique des populations déshéritées. Les « sans terre » demeurent cependant en quête d’une telle dignité sur les marchés de la santé, du social et de l’éducation. Loin s’en faut pour qu’ils puissent y bénéficier d’échanges équitables.

Les échanges entre soignants et patients, travailleurs sociaux et personnes assistées, enseignants et enseignés, restent en effet pétris d’inégalité, une inégalité que l’asymétrie de leurs positions respectives dans la relation d’aide ne justifie aucunement. Si nous décortiquons les paroles qu’ils s’adressent, leur nature et leur valeur, nous observons aisément que leur « commerce » obéit à la loi du plus fort.

Il faut d’abord distinguer paroles données et paroles dues. Du haut de nos chaires professionnelles, nous fonctionnons trop souvent comme si nos interlocuteurs étaient en dette à notre égard, nous devaient des informations. Nous leur posons des questions auxquelles nous souhaitons qu’ils nous répondent avec une transparence qui pourtant nous rebuterait si elle nous était exigée. Si nos vis-à-vis préfèrent l’esquive ou le silence, nous en concluons à la présence de secrets qui taraudent notre curiosité ou, pire, de diagnostics qui enferment l’autre dans une pathologie. Mais même en l’absence d’interrogations ciblées de notre part, tout aveu spontané de souffrances, d’incompétences, d’expériences pénibles nous apparaît comme un dû : il faut bien, n’est-ce pas, que clients ou usagers se découvrent pour que nous puissions les aider. Mus par cette perception pour le moins partiale des scènes où nous oeuvrons, nous pouvons nous conforter dans l’idée qu’au cours de ces échanges profondément inégaux, nous sommes et demeurerons les seuls et uniques donateurs des fruits d’un savoir tout au moins. Les ravages d’une telle conception empestent, depuis pas mal de temps déjà, les théâtres où nous jouons bien sagement nos rôles : les naufragés, accoutumés aux creux de la précarité et de l’exclusion, ne nous font plus confiance. (…)

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