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Désarroi des parents, compassion des enfants

Jacques BAROU - Anthropologue, Chargé de recherche au CNRS Grenoble, UMR PACTE

Année de publication : 2009

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Anthropologie, PUBLIC MIGRANT, Demandeurs d'asile

Rhizome n°37 – De l’exil à la précarité contemporaine, difficile parentalité (Décembre 2009)

La famille à l’épreuve de l’exil. Le départ vers l’exil de familles en butte à des risques de persécutions ou exposées aux dangers collatéraux des guerres civiles se fait rarement dans un ordre bien planifié, permettant de rassembler tous les proches et de reconstruire ensuite sereinement une nouvelle configuration familiale dans le pays d’accueil. Il manque souvent au départ l’un des deux parents, le père la plupart du temps, soit qu’il ait été déjà tué, soit qu’il soit en prison, soit qu’il ait pris la fuite pour échapper à des persécutions qui menacent ensuite sa famille et incitent celle-ci à partir pour anticiper sur des risques de violence.

Il manque aussi fréquemment quelques enfants de la fratrie, surtout parmi les familles originaires d’Afrique centrale qui, par tradition, confient certains d’entre eux à d’autres ménages membres du même groupe de parenté. Ainsi chez les membres du groupe ethno-linguistique Kongo, fortement représentés chez les demandeurs d’asile en provenance du Congo, de la RDC et du nord de l’Angola, il existe un système de parenté particulier qui associe une filiation matrilinéaire et un type de mariage virilocal [1]. Les enfants qui sont censés appartenir avant tout au lignage de leur mère sont élevés dans le lieu de résidence de la famille de leur père et doivent, pour équilibrer le jeu des appartenances, séjourner fréquemment auprès de leur oncle maternel. Les difficultés d’organisation des départs vers un pays tiers ne permettent pas de récupérer ceux qui sont loin et par ailleurs, les égards dus à ceux à qui on a confié les enfants pour respecter une tradition garante de l’équilibre des relations de parenté, empêchent de les leur retirer trop brutalement. On trouve donc des fratries incomplètes et des ménages devenus monoparentaux du fait de l’exil, ce qui accroît le malaise déjà provoqué par la disparition de la famille étendue et enferme le parent présent et les enfants qui se retrouvent avec lui dans une relation frontale qui n’est pas propice à l’évacuation des tensions qui résultent de ce que les uns et les autres ont subi en termes de menaces et de violences dans le pays de départ et de l’angoisse qu’ils continuent de subir dans leur situation incertaine de demandeurs d’asile. (…)

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