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Les statistiques selon l’origine : pertinence et impertinence helvétiques

Jean-Claude MÉTRAUX - Pédopsychiatre, Lausanne (Suisse)

Année de publication : 2008

Type de ressources : Rhizome - Thématique : Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES

Rhizome n°31 – Reconnaitre les discriminations, dépasser le déni (Juillet 2008)

En Suisse, contrairement à la France, les statistiques selon l’origine sont autorisées. L’histoire distincte de nos deux pays l’explique : par absence de tradition républicaine, la hantise des communautarismes est en Helvétie moins viscérale. Vus de Lausanne ou de Genève, les louables principes républicains, égalité et universalisme en tête, rendent parfois dubitatifs. Du moins certaines conséquences, telle cette censure ou autocensure des chercheurs leur enjoignant d’ignorer toute trace de l’origine des sujets.

Dans mon pays, les données selon l’origine ne sont cependant pas toujours aisées à trouver. Pendant longtemps les statistiques fédérales ne comportaient que six cases où loger sa croix : Suisse, Français, Allemand, Espagnol, Italien, Autre: une classification certes inspirée par la composition démographique des années 60 / 70, mais aussi révélatrice d’un regard figé sur le nombril de l’Europe occidentale. Cet égocentrisme n’empêcha bien sûr pas les dérives ethnicisantes. Ainsi, dans le domaine de la médecine, le curieux diagnostic de syndrome transalpin collé aux Italiens souffrant de douleurs chroniques (pendant du syndrome méditerranéen hexagonal). Un psychiatre s’était ainsi distingué, en 1960, en invoquant « l’existence d’une personnalité prémorbide spécifiquement transalpine » et en proposant, comme mesure préventive, la collaboration de ses confrères à la sélection des immigrés[1].

Ce triste exemple illustre le danger que l’option française tente de conjurer, l’utilisation de statistiques pour stigmatiser une population et alimenter les dérives xénophobes. Et de fait, en Suisse, cette menace ne cesse de planer. Lorsque les statistiques carcérales montrent qu’une majorité de détenus est d’origine étrangère, la presse ne tarde pas à en faire écho et les partis les plus à droite de s’en emparer. Lorsque les chiffres signalent que la délinquance juvénile est plus importante parmi les jeunes d’origine balkanique, les hérauts d’un pays purifié de ses étrangers « indésirables » s’en donnent à cœur joie. Lorsque les statistiques scolaires dévoilent une surreprésentation des enfants d’autres origines parmi les élèves en échec scolaire et soulignent de surcroît l’existence dans certains quartiers de classes où les petits autochtones sont minoritaires, des mouvements se constituent pour réclamer la limitation à trois par classe du nombre d’enfants migrants. De telles illustrations sont malheureusement légion. Suffisent-elles pour autant à justifier le bannissement des variables liées à la nationalité et la culture d’origine ? (…)

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