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La ville modulaire anti-asile

Miguel BENASAYAG - Psychanalyste, Philosophe, Paris

Année de publication : 2008

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Philosophie

Rhizome n°32 – Lieux d’asile en milieu hostile (Octobre 2008)

Nous savons bien que depuis quelques années, il est inévitable que dans toute ville, plus ou moins grande, on ait la préoccupation de la « paix sociale », du lien social : bref, l’assimilation ville-problème paraît aller de soi.

Tout se passe comme si la crise que notre société traverse, crise qui touche toutes les dimensions de la vie, avait pris corps dans les corps des gens, du corps social aux corps des gens ; et elle se manifeste dans des souffrances, plaintes et pathologies, ainsi que dans une demande de nouveau type.

Ainsi l’on essaye, avec plus ou moins de conviction, avec plus ou moins de bonne foi, de comprendre et de résoudre ces nouvelles souffrances, ce nouveau malaise dans notre culture. C’est ainsi que les « psy » de tous poils se voient convoqués, (souvent malgré eux, et en le regrettant) à penser et à agir dans ces frontières qui marquent le social et l’individuel, la grande et la petite histoire.

Alors, si nous voulons participer à cette compréhension, cette connaissance qui soit à la fois un agir, il nous faut construire certains outils conceptuels et pratiques qui tentent d’être à la hauteur de la situation ; c’est ainsi que de ma part, l’angle de compréhension proposé est celui de la critique de ce que j’appelle « la ville modulaire pour l’homme modulaire ». L’homme modulaire est la façon dont on peut nommer cet « homme sans qualités », en faisant référence à l’ouvrage de Robert Musil, dans lequel il nous présente cet homme de la modernité, homme « surface lisse », sur laquelle on pourrait coller les compétences et aptitudes souhaitées, tout en enlevant celles qui ne sont pas « UTILES ».

Et voilà le mot, le concept, ou plutôt le programme central de notre époque : « utile ». Car en effet, l’homme du néolibéralisme est un homme sans qualités, qui doit acquérir les aptitudes, les compétences qui le rendent utile, utile au projet productiviste du monde de la macro économie. Cet homme-là, l’homme donc modulaire, est un homme sans affinités électives, sans tropismes ou désirs : désirs qui, parce que trop opaques du point de vue panoptique dominant, doivent laisser la place à la transparence lisse de l’homme sans qualités. (…)

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