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L’apparition du PTSD, la fin du soupçon

Didier FASSIN - Anthropologue, sociologue et médecin, professeur à l’Université de Paris Nord et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales
Richard RECHTMAN - Psychiatre et anthropologue, médecin chef de l’Institut Marcel Rivière, chercheur au CESAMES

Année de publication : 2007

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Anthropologie, Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES

Rhizome n°26 – Ordonner le réel sans stigmatiser (Mars 2007)

L’intervention des psychologues et des psychiatres sur le théâtre des guerres et des catastrophes, des violences extrêmes ou ordinaires, est donc devenue chose normale aux yeux de nos contemporains. Personne ne s’étonne plus que ces professionnels de la santé mentale sortent de leurs institutions de soins et de leurs cabinets de consultation pour se porter au devant des « blessés psychiques ». On admet avec la même facilité que des évènements tragiques et douloureux, individuels ou collectifs, impriment dans l’esprit des marques qui, par analogie avec celles qu’ils laissent sur les corps, sont désormais pensées comme des « cicatrices ».

Or, il y a encore un quart de siècle, toutes ces évidences n’en étaient pas. Le traumatisme n’avait guerre droit de cité, en dehors des cercles fermés de la psychiatrie et de la psychologie. Sur les scènes du malheur individuel ou collectif, psychiatres et psychologues étaient des acteurs improbables, hormis les rares cas où les tribunaux sollicitaient leur expertise clinique.

En 1980 paraît le DSM-III, troisième version de la classification des maladies mentales publiée par l’Association américaine de psychiatrie. Y figure une nouvelle entité clinique, le PTSD, Posttraumatic stress disorder. Résultat de longues années de discussion au sein de cette organisation professionnelle, elle est le fruit de négociations et de compromis autour de sa définition et de son interprétation, l’aboutissement d’hésitations et de synthèses sur son nom même. Les critères servant à l’identifier sont précis. D’une part, la personne a fait l’expérience d’un événement stressant qui provoquerait des symptômes évidents de détresse chez la plupart des individus. D’autre part, les symptômes, diversement associés, sont de trois ordres : des souvenirs envahissants, tels que rêves diurnes, cauchemars fréquents, flash-back douloureux ; un évitement des situations risquant d’évoquer la scène initiale, accompagné d’un émoussement affectif pouvant avoir d’importants effets sur la socialisation ; une hyper vigilance avec des réactions exagérées de sursaut. Ce tableau doit durer depuis plus de six mois pour entrer dans la catégorie nosographique. (…)

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