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Quand psychiatrie et prison sont convoquées au chevet de l’insécurité sociale

Catherine PAULET - psychiatre, praticien hospitalier, secteur de psychiatrie en milieu pénitentiaire 13P01

Année de publication : 2006

Type de ressources : Rhizome - Thématique : Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES

Rhizome n°23 – Danger, dangerosité et peurs : récuser le pouvoir prédictif (Juillet 2006)

Les prisons ont beaucoup de succès. D’ailleurs elles prospèrent : 13200 nouvelles places sont prévues. Les 60000 détenus se partageant les 50000 places du parc pénitentiaire pourront ainsi se déployer et bénéficier de conditions d’hébergement décentes. Les efforts consentis par les pouvoirs publics visent à « mettre en place des conditions favorables à une réinsertion réussie », tout en « garantissant la sécurité » des citoyens[1]. Le maître mot est bien sécurité. De fait, l’emprisonnement a de beaux jours devant lui : 21% d’augmentation de la population pénale en 5 ans (49700 en 2001, 59000 en 2005), triplement de la durée des peines en 30 ans, périodes de sûreté de plus en plus longues, libérations conditionnelles anecdotiques (7%).

Qui est le détenu aujourd’hui ? Pour l’essentiel un homme jeune issu d’un milieu défavorisé. Il a une chance sur deux de souffrir d’un trouble psychiatrique ou addictif. De fait, les équipes psychiatriques sont venues travailler en prison dans une optique clinique sectorielle, c’est-à-dire pour proposer un dispositif de soin au plus près de la population, fût-elle captive. Bien que toute causalité soit plurifactorielle, force est de constater que nous sommes victimes de notre succès d’estime : les personnes souffrant de troubles mentaux affluent et confluent :

  • sur fond théorique humaniste : le malade mental n’est pas hors champ, hors raison, il est un sujet souffrant et un citoyen appartenant à la communauté des hommes, et en tant que tel peut répondre pénalement de ses actes,
  • et sur fond de discours sociétal crispé sur le sentiment d’insécurité et la victimisation, avec pour corollaire l’abandon du fatum, la recherche de responsabilité et la revendication d’un risque zéro.

Le diagnostic, la prédiction et la prévention de la dangerosité deviennent une priorité absolue et les psychiatres sont convoqués à cet endroit situé au-delà du raisonnable, du côté de l’émotion, pour expertiser, prédire et prévenir la récidive pour tout délinquant, singulièrement auteur de violence(s). (…)

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