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La naissance des classes dangereuses : entre mythe et concept

Olivier FAURE - Professeur d’histoire, Université Lyon 3

Année de publication : 2006

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES

Rhizome n°23 – Danger, dangerosité et peurs : récuser le pouvoir prédictif (Juillet 2006)

Bien connue depuis un demi siècle[1] et souvent citée la formule « classes laborieuses, classes dangereuses » sert à résumer et à condamner l’attitude de la bourgeoisie du XIXe siècle face à ce que l’on appelle volontiers à l’époque la question sociale. Avec le développement de certains projets contemporains, ce réflexe de défense sociale qui vise à confondre coupables et victimes semble revenir en force. La force de ce raisonnement ne réside pas tant dans son simplisme que dans son apparente scientificité et ses objectifs affichés. Il ne paraît donc pas inutile de revenir sur l’inventeur de l’expression classes dangereuses qui est aussi l’un des fondateurs de la démarche qui mélange description objective et préjugés, volonté d’amélioration sociale et stigmatisation des populations fragiles.

En effet l’expression classes dangereuses constitue le titre d’un ouvrage célèbre, publié en 1840, qui n’est pas un pamphlet rapidement écrit par un polémiste exalté mais un pesant ouvrage[2] rédigé par le très sérieux Henri Frégier, chef de bureau à la préfecture de la Seine, en réponse à un concours lancé deux ans plus tôt par l’Académie des sciences morales et politiques. « L’appel d’offres » demandait aux candidats « de rechercher d’après des observations positives quels sont les éléments dont se compose cette partie de la population qui forme une classe dangereuse par ses vices, son ignorance et sa misère ; indiquer les moyens que l’administration, les hommes riches, les ouvriers intelligents et laborieux pourraient employer pour améliorer cette classe dangereuse et dépravée ». Ce texte illustre un projet politique de grande ampleur. Face à une conjoncture politique délicate (la monarchie de Juillet établie en 1830 est violemment contestée par les légitimistes et les républicains) et une situation sociale tragique marquée par la conjonction des émeutes politiques et des premières révoltes sociales urbaines (révolte des canuts en novembre 1831), il ne s’agit pas seulement de réprimer mais de connaître les populations pour améliorer les hommes sans changer la société. Bref, dès sa naissance la recherche « sociologique » est intimement liée aux préoccupations du gouvernement et marquée par le contexte social. Elle est aussi fortement inspirée par le modèle préventif de « l’étiologie médicale ». (…)

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