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La dignité institutionnalisée

Isabelle ASTIER - Sociologue, Maître de conférences à Paris XII, Chercheuse associée au CEMS.

Année de publication : 2006

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Sociologie, TRAVAIL SOCIAL

Rhizome n°25 – Réinventer l’institution (Décembre 2006)

De nombreux exemples permettent de penser qu’en matière de protection sociale, il s’agit moins dorénavant de protéger des individus que des individualités. L’investissement des biographies individuelles par les instances de socialisation en est un aspect essentiel. Tout se passe comme si la société était le résultat de biographies individuelles autant qu’elle en est productrice. Ce mouvement est manifeste dans la façon nouvelle de concevoir les droits sociaux. Au modèle traditionnel de l’inscription des individus anonymes dans des collectifs structurés se substitue un modèle nouveau d’individuation considérant le récit biographique comme la réalisation d’un noyau personnel absolument unique. Ce processus porte en son centre une ambiguïté profonde liée au caractère extrêmement problématique du « passage du récit privé au récit civil ».

Traditionnellement, la culture de la protection repose sur une conception passive de l’intégration. En effet, inscrire des individus dans des structures sociales stables suppose que l’incorporation de la norme se fasse sans discuter. C’est la société disciplinaire. La culture de l’individualité part d’un point de vue inverse. Elle demande à l’individu d’être lui-même, d’être actif et de vouloir expressément s’insérer. Elle le somme d’avoir des exigences, des besoins singuliers, des désirs. Nous sommes ici dans une logique d’État actif providence ou encore État social actif. Il ne s’agit plus de se discipliner, de se conformer mais de vouloir se réaliser, de dire qui l’on est ou qui l’on veut devenir, de brandir une identité et d’exiger qu’elle soit respectée et reconnue. Ces demandes biographiques multiformes constituent une vaste fabrique des individualités. Les individus doivent se constituer en personnes authentiques.

Authenticité contre reconnaissance, tels semblent être désormais les termes du contrat social. Mais ce contrat porte en lui un risque fort de dualisation. La création d’institutions à même de soutenir l’égal accès de chacun à une individualité propre est la condition sans laquelle la modernisation ne pourra plus aller sans une dualisation de nos sociétés et une naturalisation des inégalités sociales. Ici comme ailleurs, il faut rompre avec la fausse opposition de l’individuel et du collectif, de l’individualisme et du holisme pour penser la nécessaire articulation de ces dimensions et leur point de convergence et de coproduction dans la notion d’institution. Les missions adressées aux institutions sont cependant considérablement transformées par l’entrée dans ce que nous nous proposons d’appeler la « société biographique ». (…)

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