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La double transparence et la honte

Alain FERRANT - Maître de conférence en psychologie clinique, CRPPC, Université Lumière-Lyon 2 - Psychanalyste, SPP

Année de publication : 2003

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES HUMAINES, Psychologie

Rhizome n°13 – Transparence, Secret, Discrétion (Octobre 2003)

On différencie classiquement la honte et la culpabilité selon les rapports qu’elles en­tretiennent avec les instances psychiques. La culpabilité exprime une tension entre le moi et le surmoi à partir de la transgression effective ou fantasmée d’un interdit. La honte signale une tension entre le moi et l’idéal du moi. Elle té­moigne de l’échec du moi au regard de son projet narcissique. Dans la honte, le moi n’est pas fautif mais indigne.

La honte est un “ marqueur ” du processus d’hominisation. Il n’y a pas d’humanité sans honte. Le processus civilisateur et la verticalisation de l’homme[1] découvrent et créent, dans le même mouvement, la catégorie de l’intime. Quelque chose se dévoile qui devra désormais rester caché. L’hominisation produit la distinction entre l’intime et le social : on ne dit pas tout, on ne se montre pas tout entier à autrui. Contrairement à l’animal, l’être humain se reconnaît lui-même dans sa capacité à n’être pas transparent en conservant un domaine secret. Devenir un homme, et continuer d’appartenir à la communauté humaine, c’est se sentir et sentir l’autre semblable suffisamment opaque. Nous reconnaissons autrui et autrui nous reconnaît sur la base d’un négatif cloacal partagé, inviolable et tenu secret par chacun. La honte apparaît lorsque cette intimité nécessaire est effractée et publiquement dévoilée.

Le domaine de l’intimité propre à ce négatif cloacal rassemble à la fois ce qui appartient au corps (son anatomie, sa physiologie, ses fonctions vitales d’excrétion), au sexuel et au récit de sa propre histoire. Le corps peut être dévoilé, sans honte trop désorganisatrice, en certaines circonstances devant le médecin, à l’hôpital, dans le lien précoce avec l’enfant et dans le rapport sexuel mais il reste habituellement un domaine secret. En dehors de ces situations relativement cadrées, le dévoilement du corps déclenche un violent affect de honte. Le négatif cloacal révélé est considéré comme du domaine de l’abject. La transparence et la nudité ainsi exposées dévoilent l’abjection c’est-à-dire l’animalité et l’informe en nous. Elles nous renvoient à l’en deçà du processus civilisateur. Je désigne comme originaire la honte qui accompagne le dévoilement du négatif cloacal en l’homme. (…)

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