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Les résistances à la psychiatrie de secteur, dès l’origine

Jacques HOCHMANN - psychiatre, psychanalyste - chef de service au CH le Vinatier (Bron) de 1976 à 2001. Il a créé l'Association Santé Mentale et Communautés à Villeurbanne en 1968. A publié en 1971 " Pour une psychiatrie communautaire ".

Année de publication : 2002

Type de ressources : Rhizome - Thématique : Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES

Rhizome n°9 – La psychiatrie publique en question – 2ème volet : Un héritage à réinventer (Septembre 2002)

On oublie souvent l’esprit militant qui marqua les débuts de la psychiatrie de secteur, lorsqu’il fallait affronter de nombreuses résistances.

Les résistances des psychiatres

Les promoteurs du secteur, au départ, étaient une poignée. Leur projet surgissait dans un contexte où la psychiatrie publique hospitalière, longtemps immobilisée par l’inefficacité thérapeutique et par les théories pessimistes de la dégénérescence, connaissait quelques frémissements. La psychanalyse poussait çà et là ses premiers pseudopodes, mais n’affectait guère encore la vie quotidienne des soignants et des soignés. Les médicaments psychotropes faisaient leur apparition et, dans un petit nombre d’établissements ou de services, la psychothérapie institutionnelle avait introduit des changements notables, traduits administrativement par des circulaires ministérielles sur l’ergothérapie et l’humanisation des hôpitaux psychiatriques.

Curieusement, les psychothérapeutes institutionnels n’adhérèrent pas tous, au moins dans l’immédiat, à un programme qui préconisait la diversification et la continuité des soins. Certains d’entre eux, encore fidèles à la vieille doctrine esquirolienne de l’isolement, voyaient avec suspicion le développement des soins ambulatoires extra hospitaliers, perçus comme concurrentiels plutôt que comme complémentaires. Ils craignaient qu’une délocalisation des traitements, avec des sorties plus fréquentes et plus rapprochées, ne privent leurs réunions de pavillon et leurs clubs de leurs meilleurs éléments. Imprégnés, par ailleurs, d’un marxisme militant matiné de psychanalyse, ils redoutaient que, hors les murs, les patients ne perdent les repères protecteurs d’une communauté fraternelle, tolérante et contenante, sorte de société idéale, héritée du traitement moral, où pouvaient se jouer et s’analyser librement les rapports transfero-contretransférentiels. En même temps, opposés à la société marchande, ils craignaient que, prolétaires des prolétaires, les malades mentaux ne soient livrés sans défense à l’oppression et à l’exploitation capitaliste, sous le règne d’un régime de normalisation sociale. On vit ainsi fleurir des termes péjoratifs comme celui de  » flichiatrie de secteur « , et des psychiatres d’extrême gauche et d’extrême droite, objectivement alliés, dénoncer les soins à domicile naissants, en les assimilant à des  » visites domiciliaires « [1]. (…)

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