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La souffrance psychique : un paradigme écran ?

Jacques LEBAS - Médecin, Polyclinique Baudelaire Hôpital Saint Antoine, Directeur de l’Institut de l’Humanitaire

Année de publication : 2001

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES MEDICALES, Médecine

Rhizome n°5 – La souffrance psychique aujourd’hui un concept évident et incertain (Juillet 2001)

Longtemps la souffrance psychique des personnes les plus pauvres et marginalisées a été niée par les médecins et, plus généralement par notre système de soins. Qui ne serait d’accord avec ce constat de carence ?

Pourtant depuis quelques années, nous assistons à un retournement : le déni a été remplacé par une inflation des discours sur les douleurs de la psyché, qui vient recouvrir, tel un voile, ce scandale politique qu’on ne saurait voir.

Difficile aujourd’hui, pour une personne en situation de précarité d’accéder à un centre d’hébergement, un dispositif de soins, un système d’aide ou d’accompagnement, sans être, dès le pas de la porte, étiquetée en « souffrance psychique » ; et orientée, sur le champ, chez un panseur des blessures de l’âme. La pauvreté, la précarité, l’exclusion de la société seraient avant tout des «mauvais états d’âme », qu’il faudrait considérer et traiter comme tels. Ca ne vous rappelle rien ? Comme quoi, rien de nouveau sous le soleil du regard que nous portons sur les pauvres. Le mouvement de mise hors du champ de la psychiatrie de la misère s’est accompagné d’un mouvement symétrique de « psychologisation » de cette même pauvreté. Le système psychiatrique refuse de prendre en compte, dans sa majorité, non la souffrance psychique, mais les maladies mentales associées ou ayant entraîné le basculement dans l’isolement social et la pauvreté matérielle. Nombre de malades atteints de pathologies psychiatriques chroniques se retrouvent ainsi dans les circuits de prise en charge de la misère sociale : centres d’héberge- ment, SAMU social, associations d’aide aux sans abris. Dans ces centres, pas de soins psychiatriques adaptés. Alors on lui substitue, comme cache misère, la prise en charge de la souffrance psychique qu’entraîneraient, inéluctablement pour tout un chacun, ces conditions de survie. Souvent aussi, ils se retrouvent tout simplement à la rue, hors de tout circuit d’entraide et de prise en charge… si ce n’est en prison. La prison est devenue en effet le dernier lieu où sont regroupés les malades psychiatriques. Pas le moindre. (…)

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