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Adolescence et Société : une crise peut en cacher une autre

Jean DARROT - Chef de service de l'intersecteur de psychiatrie infanto-juvénile, Annecy

Année de publication : 2001

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SCIENCES MEDICALES, Pédopsychiatrie

Rhizome n°4 – Précarité visible, précarités invisibles (Mars 2001)

Un quart des adultes sans domicile fixe n’habitaient déjà plus chez eux à l’âge de 16 ans : la souffrance dite « psycho-sociale » commence donc de bonne heure. Le qualificatif de psycho- social est d’ailleurs un peu gênant ou pléonastique, pour des soignants dont la discipline est référée à 1’unité psycho-socio-biologique de l’être humain. La souffrance s’inscrit toujours dans une dialectique paradoxale faite de ruptures et de confrontations, interrogeant trois espaces plus ou moins imbriqués : l’intime d’un sujet, le privé d’une famille, le public d’une communauté sociale. A ces espaces correspondent trois niveaux de mise en tension et en perspective, avec leur dynamique propre, mais aussi leurs empiétements, leurs chevauchements, leurs conflits et leurs résonances mutuelles. Examinons successivement ces différents espaces.

Tout d’abord, le malaise de l’adolescent : la souffrance intime. L’adolescence est un mouvement dynamique de maturation de la personne. Après la mise en place très conflictuelle et tumultueuse des structures mentales, dès les premières années de la vie, l’enfant a connu entre 6 ans et la puberté une période dite de latence, de déconflictualisation propice au plaisir d’apprendre et de découvrir. Avec la puberté et l’accès à un corps et un statut d’adulte, l’identité bascule à nouveau et plus rien ne va de soi: des conflits se réactivent entre les aspirations du jeune, ses capacités physiques et sexuelles nouvelles, les limites culturelles et sociales qui lui sont opposées. C’est un état de crise, auquel inévitablement participe l’entourage. Car il n’est pas évident qu’on en sorte, et les parents la revivent à travers celle de leurs enfants. C’est vrai aussi des maîtres, des éducateurs et des soignants comme de toute la communauté sociale : d’où la crudité parfois sauvage des affrontements sur le thème de l’adolescence.

Sur la fragilité propre à cette période de la vie, toutes sortes d’idées reçues circulent. Il est vrai qu’elle est dominée par des menaces de déliaison : dans la personne de l’adolescent comme dans son commerce avec ses proches. Il y a la destructivité, la précipitation du temps, la fascination pour l’image renvoyée par autrui, le surinvestissernent de l’acte au détriment de la pensée, la péjoration de l’avenir social et professionnel, l’exaltation amoureuse, l’ambivalence passionnelle envers les parents… Tout cela est vrai. Mais ce qui rend l’adolescent fragile est beaucoup plus intérieur : ce ne sont pas les événements, c’est l’histoire qu’il se raconte. Ce n’est pas que son avenir soit fermé, c’est qu’il s’en considère indigne et coupable. Ce n’est pas qu’il ne soit pas aimé, c’est qu’il se trouve nul et sans charme. Ce n’est pas qu’il ait « la haine » contre le monde adulte, c’est qu’il cherche à punir en lui cette haine. Et dans les conduites suicidaires à cet âge, ce qui apparaît particulièrement en souffrance, c’est l’estime de soi, l’exercice de sa compétence à lutter, à s’autoriser, à rêver. (…)

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