Vous êtes ici // Accueil // Publications // Rhizome // Rhizome n°2 – Métamorphoses de la demande et engagement dans le soin (Septembre 2000) // La récusation de l’aide comme symptôme

La récusation de l’aide comme symptôme

J.P. MARTIN - Psychiatre Chef de service, Hôpital Esquirol

Année de publication : 2000

Type de ressources : Rhizome - Thématique : Psychiatrie, SCIENCES MEDICALES, PUBLIC PRECAIRE

Rhizome n°2 – Métamorphoses de la demande et engagement dans le soin (Septembre 2000)

Il est fréquent d’entendre les errants refuser toute aide institutionnelle, tant du côté d’un hébergement d’urgence que de celui des soins nécessités par une blessure ou toute lésion corporelle. Cette position psychique singulière a été reliée par les sociologues à des vécus de disqualification ou de honte témoignant d’une désaffiliation sociale, c’est à dire d’un processus de rupture de sens dans la représentation des structures. L’intériorisation vulnérabilise ce qui fait lien aux autres et à soi-même. Cette altération du sujet dans son image de soi, dans ses vécus corporels s’explicite par la marginalisation identitaire et les vécus d’exclusion de la société. Le refus de l’assistance est celui d’un surcroît d’objectivation dans la vulnérabilité, la société étant vécue comme globalement hostile. Il en résulte une altération du sens de l’aide proposée qui devient humiliante et source de persécution.

La notion de récusation, terme juridique qui traduit le rejet d’une autorité, sa disqualification, nous paraît rendre compte de ce refus de l’aide institutionnelle. Elle inscrit un rapport de subjectivité au social qui apparaît, cependant, complexe car s’éloignant d’un simple effet de causalité. Qu’est-ce qui étaye cette inscription de clivage vis à vis des objets sociaux ? N’y a –t-il pas une position de type psychotique à se représenter ainsi la relation d’ objet ?
Ce qui évoque dans la théorie freudienne une névrose actuelle dans son lien entre le traumatisme et la blessure narcissique, associant un impossible refoulement avec le déni de la relation d’objet, est repris par M.Czermak dans son ouvrage « Patronymies » comme une altération de la nomination du père. C’est le nom du père qui est récusé dans les amnésies d’identité, situations que l’on retrouve chez de nombreux errants. Celui-ci est « inavouable, désavoué ou bafoué », la récusation étant l’opposition à ce qui « engendre contraintes et arrimages* ». Le sujet dans sa quête désespérée de reconnaissance convie l’Autre à gérer à sa place au nom du nom récusé.  (…)

Télécharger l’article en version PDF

Publications similaires

L’accompagnement est une présence

logement - exclusion - SDF - accompagnement - errance - insertion

Carole GERBAUD - Année de publication : 2007

Un temps institué par nous…

clinique - SDF - rue - temporalité - souffrance - errance

Jean-Pierre MARTIN - Année de publication : 2004

Nomade jusque dans les soins…une fatalité pour le demandeur d’asile ?

accès aux soins - migrations - souffrance psychique - soin - pratiques - errance